Monsieur le Maire de Pont de l’Arche, Chers Collègues, Monsieur le Président Roger Leblond, Messieurs les porte-drapeaux, Mesdames, Messieurs,

Je veux débuter en vous remerciant, chaleureusement, pour votre présence, aujourd’hui, à cette commémoration, à cette journée nationale du souvenir et de recueillement, à cette célébration de la mémoire des victimes civiles et militaires de la guerre d’Algérie et des combats en Tunisie et au Maroc.

Chaque 19 mars, l’occasion nous est offerte de nous recueillir, de garder vivante la mémoire de toutes celles et de tous ceux qui sont tombés, victimes d’un conflit fratricide, d’une des pages les plus sombres de notre histoire nationale.

Aujourd’hui, 19 mars 2022 est une date particulière à bien des égards. Nous célébrons le 60e anniversaire des accords d’Évian qui ont mis fin à un conflit fratricide, mais nous vivons aussi dans l’angoisse d’un autre conflit, aux portes de l’Europe, aux portes de nos frontières, aux portes de nos vies.

Le conflit qui couve aujourd’hui, la guerre que livre la fédération de Russie à l’Ukraine, son pays voisin, son peuple frère, nous renvoie à notre propre histoire. Elle nous renvoie à l’histoire que nous partageons avec algériens, tunisiens, marocains, eux qui vivent de l’autre côté de la Méditerranéemais qui sont nos frères et sœurs d’humanité.

Oui ! ces commémorations sont utiles, oui ! Il est vital, nécessaire, impératif de nous retrouver chaque 11 novembre, chaque 8 mai, chaque 19 mars pour se souvenir de ces guerres du passé, pour rendre hommage à ces hommes et ces femmes victimes, pour transmettre aussi les leçons de l’histoire.

Parce qu’aujourd’hui, comme hier, la guerre, c’est la destruction, la guerre c’est l’anéantissement, la guerre c’est la barbarie, la guerre c’est la mort, la guerre c’est la haine de l’autre, parce qu’il est autre.

Gardons toujours cela en mémoire : la haine engendre la haine, comme l’amour engendre l’amour.

Alors, aujourd’hui, parce que nous ne voulons plus de guerre, il nous faut travailler à la fraternité entre les peuples, il nous faut rejeter, totalement, inexorablement, implacablement, toutes les idéologies qui propagent la haine de l’autre, et elles sont, hélas, plus vivantes que jamais.

Il nous faut travailler, sans cesse, à l’égalité réelle, en dignité et en droits, entre tous les hommes et les femmes, d’où qu’ils soient.

La guerre d’Algérie, ce sont 30 000 jeunes Français morts, ce sont des centaines de milliers de blessés, de mutilés, de traumatisés.

La guerre d’Algérie, ce sont plus de 400 000 Algériens morts,ce sont, là aussi, des centaines de milliers de blessés, demutilés, de traumatisés.

La guerre d’Algérie, c’est une communauté ravagée, c’est un peuple divisé, c’est un pays fracturé, un pays qui recherchait son indépendance, sa liberté. Une liberté pour laquelle des milliers de Français résistants avaient donné leur vie une poignée d’années auparavant.

Ces chiffres, effroyables, terrifiants, dissimulent des drames personnels et expliquent, parfois, des rancœurs tenaces.

Aujourd’hui, soixante ans après la fin du conflit, il est temps de rendre justice. Rendre justice à ces jeunes appelés, victime d’un conflit fratricide. Rendre justice aussi à ce peuple ami, à nos frères algériens dont, sans doute, nous n’avons pas su entendre l’appel légitime à l’autodétermination, à l’indépendance.

De ces erreurs du passé, nous ne pouvons rien changer. Des barbaries commises, nous ne pouvons rien effacer.

Mais notre vision du présent ne doit pas être nourrie par la haine d’hier.

Notre présent, monsieur le président, mes chers collègues, mesdames et messieurs, doit se nourrir des valeurs de fraternité. La fraternité n’est pas un vain mot, la fraternité n’est pas un slogan publicitaire. La fraternité est une boussole, un guide, une référence. Elle orne nos frontons et honore nos consciences. La fraternité, c’est reconnaitre l’autre comme un égal, c’est lui reconnaitre une dignité semblable à la nôtre.

Dans un contexte de crise sanitaire, sociale et économique qui frappe durement, implacablement, tant d’entre nous, il est temps de tirer les leçons de notre passé pour construire un présent dans lequel chacun et chacune, toutes et tous nous puissions vivre en frères et sœurs d’humanité.

Nous devons combattre, avec acharnement, avec obstination,la haine, l’intolérance, la xénophobie, l’exclusion !

Nous devons lutter, toujours, pour faire vivre les valeurs de paix, d’égalité, de partage, de solidarité, de coopération.

Aux vieilles logiques d’hier qui affirmaient que si l’on veut la paix il faut préparer la guerre, il nous faut opposer une autre philosophie : si tu ne veux plus de guerre, organise la paix.

Organiser la paix, c’est réclamer davantage de justice sociale, d’égalité réelle. Organiser la paix, c’est faire cesser lesdiscriminations. Organiser la paix, c’est refuser toute violence, c’est traiter les autres, d’où qu’ils viennent, comme des frères. Organiser la paix, c’est aussi, hier comme aujourd’hui, mettre fin à l’exploitation du plus grand nombre par une minorité, car comme nous le disait le grand Jaurès « c’est bien le capitalisme qui porte en lui la guerre comme la nuée porte l’orage » !

Je vous remercie de votre attention.