Ce matin, nous étions au Conseil départemental pour parler de la désertification médicale en présence du Ministre de la santé, Olivier Véran.
Je vous communique ci-dessous mon intervention.

Monsieur le Ministre Véran, Monsieur le Ministre Lecornu, Mes chers collègues,

Avant d’ouvrir mon intervention, je veux me réjouir de notre présence à tous et toutes, ici dans cette assemblée, pour participer au débat plus que jamais nécessaire sur la démographie médicale.

Or, tout débat ne peut exister qu’à trois conditions : l’existence d’un diagnostic partagé, la recherche des causes de ce diagnostic et, pour filer la métaphore médicale, la prescription d’un traitement efficace qui puisse faire consensus.

Concernant le diagnostic, je crois que nous serons à peu près tous d’accord. À l’occasion de la crise sanitaire, la France a pris conscience brutalement de l’état de son système de soins et de la dégradation de sa souveraineté́ sanitaire : rapidement au fil de la crise de la Covid-19, s’est agrégé au manque de masques, de blouses, de tests, le constat que notre territoire ne disposait plus d’un maillage sanitaire aussi performant qu’on pouvait le penser. Plus personne de sérieux ne peut nier que les inégalités, qu’elles soient territoriales ou liées aux revenus, se creusent toujours plus, plus personne ne peut nier non plus que l’accès aux soins est rendu toujours plus difficile à un nombre toujours plus grand de nos concitoyens et de nos concitoyennes, comme le rappelait d’ailleurs avec raison notre collègue Frédéric Duché dans la presse il y a peu de temps.

Plus personne enfin ne peut nier que les différentes lois, qu’il s’agisse de la loi « Bachelot » portant réforme de l’hôpital et relative aux patients, à la santé et aux territoires, de la loi Touraine ou de la loi relative à l’organisation et à la transformation du système de santé, n’ont en rien freiné cette accentuation des inégalités, mais ont, au contraire, sans doute contribué à leur renforcement.

Ainsi, alors que le droit à la santé est considéré comme un droit constitutionnel — le préambule de la Constitution de 1946 proclame à ce titre que la nation « garantit à tous, notamment à l’enfant, à la mère, aux vieux travailleurs, la protection de la santé, la sécurité matérielle, le repos et les loisirs » — il est hélas évident qu’il ne soit pas appliqué de la même manière partout sur le territoire. Un récent sondage réalisé par l’institut BVA, en avril 2018, souligne que « plus de 7 Français sur 10 auraient renoncé au moins une fois à se soigner ».

Mais cela, hélas, toutes et tous dans cette assemblée nous le savons pour le vivre dans nos cantons, car si personne n’a le monopole du cœur, personne n’a non plus le monopole de l’indignation face à la détresse grandissante de celles et de ceux qui font appel à nous parce qu’ils se retrouvent privés d’accès aux soins, en raison de leur finance ou de l’absence de généralistes comme de spécialistes sur leur territoire. Je n’irai pas plus loin sur le constat, car je le sais partagé, preuve en est faite par l’existence même de ce débat.

Il est important toutefois de ne pas s’arrêter aux constats et il est essentiel de chercher à en comprendre les causes. C’est pourquoi, depuis 2018 déjà, les parlementaires communistes ont décidé de réaliser un « Tour de France des hôpitaux et des EHPAD ». Ce sont 150 établissements aux quatre coins de l’hexagone et dans les territoires d’outre-mer qui ont été visités, ce sont des milliers d’agents hospitaliers, chefs de service, syndicalistes, usagers, membres des directions qui ont été rencontrés.

Des leçons ont pu être tirées et d’abord que les réformes successives de notre système de santé et de sa gouvernance, de l’instauration de la Tarification à l’activité à la régionalisation des ARS, ont participé à la désorganisation de nos hôpitaux et n’ont apporté aucune réponse à la dégradation des soins de ville.

Nous sommes, en la matière, un département exemplaire. Un département exemplaire parce que nous sommes, de tous les départements de France métropolitaine, celui qui est le plus frappé par ce que l’on appelle les « déserts médicaux », celui qui est le moins doté en médecins qu’ils soient généralistes ou spécialistes. Ainsi, alors que certains départements, comme les hautes Alpes comptent 248 médecins pour 100 000 habitants, dans l’Eure c’est seulement 94 !

Comme nous ne pouvons pas faire pousser les montagnes ou faire briller le soleil 10 mois sur 12, il nous faut trouver d’autres solutions.

L’heure n’est pas à la petite politique politicienne, le sujet est trop grave, trop sérieux, trop important. Majorité et opposition doivent pouvoir être entendues de la même manière, doivent pouvoir travailler de concert, avec leurs divergences certes, mais avec comme seule boussole l’intérêt de nos populations, avec comme seul guide la volonté de rétablir de l’équité entre les territoires et entre les classes sociales dans l’accès aux soins.

Aussi, je veux ici saluer deux démarches : tout d’abord saluer votre venue dans l’Eure, Monsieur le Ministre Véran. Une visite symbolique dans un département qui l’est tout autant, celui qui est le plus frappé par la désertification médicale, celui dont les habitantes et les habitants paient le plus lourd tribut à des années de gouvernance catastrophique des questions de santé publique.

Je veux également noter l’esprit constructif de Monsieur le Ministre et Président Sébastien LECORNU qui, dans un esprit d’ouverture que je salue, a répondu favorablement à la demande de notre groupe l’Avenir en Partage de créer un comité de pilotage transpartisan sur les questions de démographie médicale et d’accès aux soins.

Je souhaite que ce groupe de travail permette de travailler sur l’éventail de solutions nouvelles et complémentaires qui pourraient être mises en œuvre sur notre territoire.

Si la question du « numerus clausus » semble, au moins provisoirement, réglée, et nous nous en réjouissons, elle n’est pas la solution miracle. D’abord, parce qu’il faudra 10 ans pour que les effets de son abrogation se fassent sentir. Ensuite parce que cela ne permettra sans doute pas à des territoires comme le nôtre d’être mieux dotés en médecins. Monsieur le ministre, voici une question que formule notre groupe : pourquoi notre département n’est-il pas pourvu d’une antenne de la faculté de médecine ? Car comment croire, monsieur le ministre que des étudiants qui passe 10 ans dans un département pour s’y former, qui, par conséquent, y ont établi leurs relations professionnelles, amicales, amoureuses, familiales, auront l’envie de venir dans l’Eure pour exercer leur activité ?

Gouverner, c’est prévoir, et il est essentiel de permettre aux jeunes étudiants en médecine de se former sur notre territoire si nous voulons dans l’avenir renforcer le vivier de médecins Eurois.

Bien d’autres solutions peuvent exister, à court, moyen et long termes, des solutions que d’autres départements ont su expérimenter, quelles que soient leurs affinités politiques, des solutions aussi qu’il nous faudra inventer collectivement, car en la matière il n’y a ni miracle ni messie.

C’est à ce titre, encorne une fois que nous comptons travailler avec toutes et tous, en construction critique, à construire collectivement des solutions innovantes et responsables afin que l’Eure retrouve une offre médicale digne et adaptée pour sa population.

Pour cela et au cours de notre débat et de nos réunions de travail futures, nous souhaitons développer les 6 propositions suivantes :

1) Former plus de médecins en fonction des besoins des territoires et non plus en fonction des règles comptables. Cela va de pair avec l’installation d’antenne de la faculté de médecine dans notre territoire.

2) Rendre obligatoire l’installation des jeunes médecins dans les zones en sous-densité médicale en contrepartie d’un soutien financier pendant leurs études.

3) Mettre en place un conventionnement sélectif qui empêche que les médecins s’installent dans des zones déjà bien pourvues.

4) Renforcer le maillage territorial sanitaire afin que personne ne se trouve à plus de 30 minutes d’un établissement de santé.

5) Travailler à la création de centres de santé départementaux avec des médecins salariés, une aide administrative et technique.

6) Permettre aux hôpitaux de proximité de réaliser des consultations avancées au plus près des besoins des territoires.

Messieurs les Ministres, Chers Collègues, notre groupe attend beaucoup de ce travail commun. Notre population attend beaucoup de ce travail commun, l’urgence nous oblige à agir, collectivement, immédiatement.

Le département a des leviers pour cela et il nous revient de les actionner, ou d’en créer de nouveaux.

Je sais également, Monsieur le Ministre Véran, que mon ami, le Député Sébastien Jumel présentera le 2 décembre prochain un projet de loi visant à améliorer l’accès aux soins et lutter contre les déserts médicaux : je m’en réjouis et je porte l’espoir que le Parlement valide l’esprit et la lettre de ce travail issu du terrain.

Quoi qu’il en soit, ici et maintenant, nos populations pourront compter sur le travail et l’engagement sans faille du groupe l’Avenir en Partage sur ces questions d’accès aux soins.

Merci de votre attention.