Aujourd’hui, c’est d’énergie que je veux vous parler, et d’avenir aussi ! Aujourd’hui, je vais vous parler du projet HERCULE, porté par le gouvernement pour finir de démanteler EDF. Avant ça, pour bien comprendre les enjeux de ce projet, un bref retour historique s’impose.

Au sortir de la Seconde Guerre mondiale, tirant les leçons des atrocités commises, un programme de gouvernement est rédigé par le Conseil National de la Résistance : « les jours heureux ». Son ambition : faire de la France un pays qui protège, qui assure l’égalité entre tous les citoyens ; créer des droits nouveaux pour chacun et chacune et reprendre le contrôle sur le monde de l’argent, les fameuses 200 familles qui faisaient la pluie et le beau temps avant-guerre.

Créations de la sécurité sociale, des comités d’entreprise, mais aussi vagues de nationalisation des entreprises stratégiques pour l’État, voilà quelles seront quelques-unes des mesures prises. 

Il est alors affirmé que l’énergie est un bien vital, un bien public, un bien auquel tous les citoyens et citoyennes doivent pouvoir accéder. Et ce qui est affirmé à l’époque, ce que certains n’auraient jamais dû perdre de vue, c’est qu’un bien public ne peut pas être géré par des intérêts privés !

Sous l’impulsion du ministre Marcel Paul, va alors être créé, en plus de Gaz de France, Électricité de France. Pendant des années, cette magnifique entreprise va être au service de la France, en lui permettant de développer une stratégie de réindustrialisation en fournissant l’énergie à toutes les nouvelles entreprises qui allaient être crées ou développées…et en assurant notre indépendance énergétique avec la créationnotamment de centrales nucléaires, qui correspondaient alors à ce que l’on pensait être le mieux pour l’avenir. 

Elle va être aussi au service des Français et des Françaises en apportant, à tout le monde, quel que soit le lieu où il habite, la possibilité de se chauffer, de s’éclairer, avec des prix bas et une politique tarifaire sociale.

Mais cela c’était avant ! Avant que la voracité des financiers et des libéraux, s’appuyant sur des directives européennes de dérèglementation, ne vienne d’abord ouvrir le marché de l’énergie à la concurrence au début des années 2000, puis privatiser en partie cette entreprise publique quelques années plus tard.

On allait voir ce qu’on allait voir selon les promoteurs de cette dérèglementation et du sacrifice d’un fleuron national : les tarifs allaient forcément baisser, EDF, cette vieille entreprise allait se moderniser, les services rendus seraient meilleurs…

Quel est le bilan 15 ans plus tard ? Il est simple… c’est une catastrophe ! En 15 ans, les tarifs de l’électricité ont augmenté de 50 % ! Les activités liées à la pose ou au relevé de compteurs par exemple sont sous-traitées ! On a d’ailleurs vu ce que donnaient ces sous-traitances avec les incendies de compteurs Linky qui avaient été posés en dépit du bon sens par des personnes insuffisamment formées.

Voilà ce qu’il se passe quand on laisse un bien public être géré par des intérêts privés dont la seule boussole est la rentabilité, et la rentabilité à court terme !

Les mêmes catastrophes se sont d’ailleurs produites avec d’autres fleurons nationaux qui étaient autant de biens publics, de biens au service du public : Gaz de France, La Poste, France Télécom… Qui oserait dire que leur privatisation a apporté du mieux ? Le gaz est-il moins cher maintenant ? Combien coute un timbre à présent ? Combien de temps met une lettre pour arriver à destination ? Et surtout, dans quelles conditions travaillent dorénavant tous ces personnels de ces anciennes entreprises publiques ? 

Alors qu’elles étaient un modèle avant, alors que les salariés y étaient heureux, alors qu’elles constituaient finalement une alternative viable au modèle traditionnel, alors qu’elles démontraient qu’une entreprise pouvait rendre des services aux usagers, dégager des bénéfices pour les finances de l’État et assurer une grande qualité de vie pour ses salariés, tout cela est mort !

Mais une nouvelle loi va encore venir changer la donne. N’importe qui ayant un peu de bon sens, ayant du recul sur l’histoire d’EDF, et étant porté par l’intérêt du service public, saurait ce qu’il faut mettre dans cette loi. 

Il faudrait y mettre des dispositions permettant de renationaliser entièrement EDF et ses différentes activités de production, de transport et de distribution. Tout simplement parce que c’est la seule solution pour retrouver notre souveraineté énergétique, c’est la seule solution pour que l’état reprenne la main sur une planification stratégique de son énergie à long terme, pour décider des modes de production qu’il conviendra de privilégier, et pour assurer un accès à des tarifs contenus pour tous les usagers, quel que soit leur lieu d’habitation. 

Voilà ce que devrait contenir une loi sur l’énergie : elle devrait contenir les dispositions qui permettent qu’un bien public soit géré par des intérêts publics !

Au lieu de cela, la Macronie a d’autres projets ! Le fameux projet Hercule ! Alors, de quoi s’agit-il ? Il s’agit d’une augmentation des tarifs règlementés, c’est-à-dire du prix de l’énergie, quel que soit votre fournisseur, et du démantèlement, pur et simple, d’EDF en trois branches avec pour mot d’ordre la socialisation des pertes, la privatisation des profits.• EDF bleu détenue à 100 % par l’État sera la société en charge des activités de production nucléaire d’électricité. Celle-ci demandera des investissements lourds et des retours sur le long terme. Tout ce que fuient les financiers.• EDF vert, avec un capital ouvert à 30 % dans un premier temps, sera la société qui regroupera la distribution (ENEDIS), le commerce, les services, EDF Renouvelables et les activités d’outre-mer. Des garanties de profits permanents pour les actionnaires.• EDF Azur sera la société en charge des installations de production hydrauliques. Bien que leur complémentarité assure le bon fonctionnement du système global (notamment au niveau des capacités de production), Azur sera strictement séparée des autres sociétés.

Macron, son gouvernement et la direction d’EDF sont donc en passe de privatiser l’un des services publics français dans un projet de Loi nocif dans les semaines à venir. 

Chacun connait le slogan « EDF, nous vous devons plus que la lumière », c’est vrai, ils nous doivent aussi la vérité ! Ce projet n’est en rien un gain pour les usagers, il est un cadeau pour la finance et la spéculation. Il va surtout nous priver de leviers stratégiques d’avenir essentiels pour faire face aux défis du réchauffement climatique et de la précarité énergétique qui touche tant de gens.

Avant que ce point de non-retour ne soit atteint, mobilisons-nous ! Signons la pétition « Pour une énergie publique, contre le projet Hercule ».

Arnaud Levitre