Mesdames, Messieurs, Chè (re) s Ami(e)s,

Notre traditionnelle cérémonie des vœux n’a pas pu avoir lieu cette année. Cette cérémonie, moment important et symbolique dans la vie de notre village, ce moment où l’on se rencontre, ce moment de convivialité qui permet de dresser le bilan de l’année écoulée, d’en tirer les leçons et de tracer des perspectives pour l’avenir, a dû être annulée. C’est une première dans l’histoire d’Alizay.

Qui aurait pu penser, il y a un an seulement que nous aurions à affronter la crise mondiale, sanitaire, sociale et économique qui nous frappe de plein fouet et qui n’est, hélas, pas encore à son terme ?

Mesdames, Messieur, mes chers Amis,

Je veux, avant tout, et malgré tout, vous présenter tous mes vœux de bonheur, de santé et de prospérité à l’occasion de cette nouvelle année. Qu’elle soit, pour vous et vos proches, la plus douce possible.

Je crois que nous étions nombreux à attendre la fin de cette année noire que fut 2020, et nombreux aussi à espérer que 2021 vienne guérir nos blessures, refermer nos cicatrices et panser nos plaies.

La pandémie liée au Coronavirus a bousculé nos vies. Ces conséquences ont été, et continuent à être, terribles. Il y a le deuil d’abord, que certains et certaines d’entre nous ont dû faire, il y a eu l’angoisse de la maladie, la peur pour nous, comme pour nos proches. Il y a eu, aussi, notre vie sociale chamboulée. Nos lieux de rencontre, de partage, de convivialité, de loisirs qui ont été fermés, vidés, désertés. Il y a eu ce risque inouï, inenvisageable, d’une société qui se referme sur elle-même, de familles et de proches que l’on ne peut plus voir… Il y a eu aussi la catastrophe économique qui a frappé tellement d’entre nous. Intermittents, acteurs et actrices de l’évènementiel, artisans, petits commerçants, acteurs et actrices du monde la culture, employés, salariés… le spectre de la précarité s’est abattu sur tellement d’entre nous !

Cette épidémie a finalement montré combien étaient précieux tous les premiers de corvée, et combien étaient inutiles les premiers de cordée chers au Président Macron.

Comment une société peut-elle fonctionner sans ses professeurs, sans ses éboueurs, sans ses caissières, sans ses soignants, sans ses services publics, sans ses petits commerçants et artisans ? Comment une société peut-elle encore être une société sans ces acteurs du monde du sport, des loisirs, de la culture ? Sans tout ce qui fait finalement que la vie vaut la peine d’être vécue ?

À l’heure où le gouvernement semble vouloir réduire la vie des hommes et des femmes à leur seule vie de salarié, il est essentiel de revendiquer le droit aux loisirs, le droit aux plaisirs, le droit à la culture ! Célestin Freinet, grand éducateur et pédagogue l’affirmait déjà il y a près d’un siècle « Il faut à nos enfants du pain et des roses ». Oui ! Il nous faut du pain, de quoi se nourrir, de quoi se loger, mais oui ! il nous faut aussi des roses, de quoi s’amuser, se divertir, il nous faut du beau dans nos vies ! Car l’essentiel, mes chers amis, n’est pas de vivre, mais de bien vivre !

Les choix opérés par tous les libéraux depuis ces dernières décennies ont amplifié la catastrophe qui nous frappe : fermeture de plus de 100 000 lits d’hôpitaux depuis la présidence Sarkozy, démantèlement des services publics qui sont maintenant à l’os, suppressions de nombreux postes d’enseignants, facilitation des licenciements… C’est toute la doctrine libérale incarnée par son dernier avatar en date, le président Macron, qui a fait la preuve de sa nocivité ! Leur théorie du ruissèlement est un leurre, un mensonge, une arnaque ! Jamais les riches n’ont été si riches, jamais le peuple n’a tant souffert.

Voilà des leçons qu’il nous faut tirer de 2020, voilà des enseignements qu’il nous faut retenir, voilà des priorités qu’il va nous falloir garder en tête pour construire 2021, pour dessiner notre avenir.

Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, un magnifique programme de gouvernement avait été créé et, en partie, mis en œuvre. Son nom : les jours heureux ! Sécurité sociale, retraite, comités d’entreprise, droits des travailleurs, droit de vote pour les femmes, ce programme marquait une rupture avec le régime de Vichy qui avait fait la preuve de son échec.

Aujourd’hui, la crise que nous traversons marque l’échec structurel, l’échec philosophique même, du capitalisme et de son rejeton, le libéralisme.

Prenons-en acte !

Le temps n’est-il pas venu de construire collectivement (organisations politiques, tissu associatif, professionnels et techniciens, élus locaux, citoyennes et citoyens) un nouveau contrat social avec les Français ? Un contrat ou personne ne resterait sur le bord du chemin, ou les services régaliens et d’utilité publique seraient nationalisés, ou les richesses seraient totalement réinjectées dans l’économie réelle et réparties plus justement dans le portemonnaie des ménages, ou la planète serait protégée et la biodiversité préservée…

En 2020, en prenant prétexte de la Covid, le gouvernement a cherché à réduire nos libertés, à travers par exemple sa loi sur la sécurité globale. Ce gouvernement a voulu étouffer la voix du peuple, il a voulu nous enterrer, mais il ne savait pas que nous étions des graines.

Et ces graines vont fleurir pour lui offrir un printemps de résistance.

Mesdames, messieurs, mes chers amis, aux maux M.A.U.X de 2020, nous allons opposer un mot M.O.T en 2021 : RÉSISTANCE

La première de ces résistances, sur notre territoire, sera contre le projet de pseudocontournement Est de Rouen, cette autoroute qui viendrait percuter de plein fouet notre village et notre belle vallée de l’Andelle si nous laissions faire.

Il nous faudra montrer que nous sommes prêts à nous engager pour un réel changement de logiciel en mettant, ensemble, le progrès social et la défense de l’environnement au cœur d’une nouvelle politique. Je l’espère ardemment et c’est d’ailleurs cet objectif qui anime l’espoir que je porte en 2021.

Résistance aussi, aux côtés de celles et ceux qui l’an dernier ont participé à ce que la vie continue, à celles et ceux qui ont été de doux et chaleureux rayons de lumières dans la pénombre. Je pense aux services publics qui ne cessent, quoi qu’il arrive, de se réinventer et de continuer d’apporter des services à la population. Je pense à notre fonction publique territoriale, et notamment ici à Alizay, où nous avons rempli notre contrat et porté avec fierté notre devise de Village Solidaire.

Ainsi, pendant la période du confinement total nous avons sans cesse innové pour aider les Alizéens et Alizéennes à traverser au mieux cette sombre période. Nous avons pensé à nos jeunes avec le portage de devoirs aux écoliers. Nous avons accompagné nos ainés en appelant quotidiennement les séniors « isolés » et en leur assurant la livraison de repas à domicile. Nous avons pensé à nos commerces en les exonérant de loyers durant le premier confinement et en les soutenant administrativement ensuite pour solliciter les différentes aides économiques en lien avec la Case et la commune. Nous avons fait en sorte de maintenir une activité sportive en organisant des cours de sport en visio, plusieurs fois par semaine. Nous avons cherché à garder un lien culturel grâce au portage de livres à domicile et à la mise en place d’un « Click and Collect » à la médiathèque. Nous avons aussi pensé à réinventer les festivités en faisant vivre les « contes en visio » et en organisant « Noël au balcon » avec ses spectacles de rue et la venue du père Noël en personne pour distribuer des cadeaux aux enfants des écoles.

Nos services n’ont pas chômé durant cette période. Ainsi les abords de l’étang ont été aménagés, la propreté du village a été assurée par des tournées régulières, les espaces verts ont continué à être entretenus. Nous avons eu aussi à assurer la reconstruction de l’école maternelle à la suite de son incendie. Nous avons mis en place un marché de plein air chaque samedi matin et nous nous sommes engagés toujours plus pour la nature, en favorisant l’installation d’un apiculteur, en menant des actions de sensibilisation en direction des écoles ou encore en faisant du parc de la mairie un refuge LPO. Cet engagement au service de la nature, de l’humain, notre vocation sociale, solidaire et écologique, tout cela va encore s’amplifier avec la restructuration à venir de l’accueil de la mairie qui deviendra un véritable « pôle citoyen ». Cela va s’amplifier, surtout, avec notre projet « cœur de village » et avec la redéfinition du projet global d’Alizay auquel vous serez prochainement associés.

Mais, au-delà de notre village, je pense aussi à tous ces premiers de corvée qui ont tenu le cap alors que la France tanguait et que le gouvernement partait à la dérive.

Je pense à toutes celles et tous ceux qui travaillent dans le service hospitalier, de l’infirmière au chirurgien en passant par les médecins et les personnels de la propreté sans oublier les ambulanciers et les médecins généralistes et toutes celles et tous ceux qui sont le ciment de notre système de santé, qui ont contribué, malgré la fatigue, malgré la difficulté, malgré les coupes budgétaires incessantes à soigner des malades, à sauver des vies, à réparer des destins. Je veux leur dire merci et leur manifester ma profonde admiration pour ce qu’ils font toutes et tous au quotidien. Aidons-les, à notre mesure, en respectant les gestes barrières.

La dernière des résistances, enfin, sera peut-être celle que nous mènerons face aux mauvais souvenirs et à la noirceur de 2020. « Quand tous les systèmes de domination perdurent par leur capacité à créer de la dépression, être heureux est un acte de résistance ». Alors, mes amis, cherchons la lumière partout où elle se trouve, dans nos sourires comme dans nos larmes, dans l’amour que l’on donne comme dans celui que l’on reçoit, dans la nostalgie des moments passés ensemble comme dans l’espoir de ceux à venir. Cherchons la lumière dans les jeux de nos enfants comme dans les paroles de nos ainés, cherchons la lumière dans les yeux de l’être aimé, cherchons la lumière dans la beauté d’un paysage, dans la douceur d’un matin embrumé, dans le souffle tiède du vent. Cherchons la lumière au fond d’un livre, cherchons la lumière dans la vibration d’un instrument, dans la clarté d’une voix qui nous touche. Mettons autant d’ardeur à nous simplifier la vie que d’autres en mettent parfois à nous la compliquer.

Mes amis, cherchons la lumière dans toutes ces passions qui nous animent. Ne comptons pas nos efforts, ni notre temps, pour aimer, profiter, échanger. Seuls les passionnés vivent, les raisonnables ne font que durer.

Alors, pour 2021, je vous souhaite de vivre, intensément.

Arnaud Levitre, Maire d’Alizay