Avec plusieurs élus communautaires (Laëtitia Sanchez, Diego Ortega, Didier Dagomet, Janick Léger, Philippe Brun, Marc-Antoine Jamet), j’ai porté l’idée de reporter d’un an notre décision communautaire concernant le mode de gestion de l’eau et de l’assainissement. Peine perdue : la majorité de droite et du centre s’entête !

Aussi, l’amendement pour un retour en régie publique de l’eau potable a été refusé !!!

Mes chers collègues,

La décision qui va nous occuper ce soir est une décision majeure qui engage, je le dis, notre avenir. L’eau est une ressource essentielle pour la vie. La question de son accès pour tous et toutes est donc une question éminemment politique en ce sens qu’elle concerne la vie de la cité, et au-delà même, la vie sur notre planète.

Mais cette question n’est pas, et ne peut pas être, une question politicienne. La préservation de cette ressource, sa gestion démocratique, sa mise à disposition pour tous les habitants, quels que soient leurs revenus ou leurs difficultés, est une question qui doit dépasser tous les clivages habituels.

Ce soir, mes chers collègues, nous avons souhaité, à quelques élus, défendre une proposition forte, une proposition qui engage notre responsabilité collective, une proposition qui permettrait à l’agglomération de retrouver toute sa souveraineté dans la gestion de ce bien précieux, de ce bien irremplaçable, de ce bien essentiel qu’est l’eau potable.

L’eau potable n’est pas, et ne peut pas être une marchandise. Seul 0,3 % de l’eau non salée est disponible et consommable sur la planète et cette rareté nous oblige. Elle nous oblige à protéger cette ressource de la pollution, elle nous oblige à en assurer une juste répartition, elle nous oblige à repenser l’entretien des canalisations qui la véhicule pour éviter un intolérable gâchis ! Elle nous oblige aussi à une gestion plus transparente, plus démocratique, car si l’eau n’appartient à personne, elle est le bien de tous et de toutes !

La gestion de ce trésor naturel implique l’exemplarité et exclutla recherche de profits. Cette exemplarité, mes chers collègues, je sais qu’elle nous anime tous et toutes. Je salue, à ce titre, la décision du Président Leroy d’avoir accepté le report de cette délibération afin que nous puissions ce soir échanger, argumenter chacun au travers de nos convictions sur ce que nous considérons comme le meilleur mode de gestion de l’eau et de l’assainissement pour notre territoire.

En ce qui concerne Alizay, nous avons considéré qu’il était temps d’emmener Seine Eure Agglo vers la Régie publique. Et c’est l’excellent travail effectué par le collectif depuis des semaines qui nous a fait nous positionner pour ce nouveau mode de gestion.

Cette régie pourrait être autonome ou bien gérée en partie par des prestations de service. De nombreux arguments plaident en faveur de ce passage en régie publique :• Exemplarité financière tout d’abord, grâce à la disparition des frais de siège et des frais de rémunération dédiés aux actionnaires.• Transparence de la gestion et démocratie ensuite. Notre siècle, et c’est tant mieux, ne peut pas être celui de la gestion opaque, de l’éloignement des citoyens et des citoyennes. C’est le sens de l’histoire que de permettre à toutes et à tous d’être informés, et impliqués, dans la gestion des ressources naturelles d’intérêt public !• Enjeu écologique de premier ordre enfin. L’eau est une ressource rare, menacée par les évolutions climatiques. Sa protection doit passer avant la recherche de profits qu’elle pourrait engendrer, et c’est donc à la puissance publique que doit échoir sa gestion.

En tant qu’élus il nous faut prendre de la hauteur et décider, en notre âme et conscience et au regard des défis écologiques, démocratiques et financiers, ce qui sera le meilleur pour demain : voilà l’enjeu !

En France, la promulgation de la loi sur l’eau et les milieux aquatiques (LEMA) en 2006, affirme dans son premier article que « chaque personne a le droit d’accéder à l’eau potable dans des conditions économiques acceptables pour tous ». 

Adopter une gestion en régie publique, comme l’ont déjà fait de nombreuses communes et agglomérations de toutes tailles, c’est se donner les moyens de répondre à cet impératif. Les deux amendements que nous avons fait le choix de vous proposer, et qu’à titre personnel je voterai, vont dans le sens de l’histoire. 

Ils allient une dimension sociale en redonnant du pouvoir d’achat aux habitants et en s’assurant que chacun et chacune ait accès à cette ressource indispensable ; une dimension responsable grâce à une maitrise plus affirmée de l’information et des investissements ; une dimension écologique en protégeant un bien naturel fragile et en évitant son gâchis ; une dimension démocratique en permettant une meilleure transparence de la gestion du fonctionnement et des investissements ; une dimension innovante enfin par une gestion de renouvèlement des réseaux et équipements affirmée et dégagée de la rémunération des actionnaires.

Pour toutes ces raisons, il me parait important, indispensable même, d’acter l’idée suivante en deux temps :

1 — Un report d’un an des 11 contrats actuels pour permettre de poursuivre notre réflexion collective sur le sujet de la région.

2 — D’acter le passage du mode de gestion de notre eau en régie.

Arnaud Levitre.