Intervention de José Bridard pour le groupe Communiste Écologiste et Citoyen aujourd’hui en séance plénière face à la droite (LR-LREM) : Département de l’Eure

Monsieur le ministre, monsieur le président

Chers collègues,

« Il n’y a que les imbéciles qui ne changent pas! » cette citation avait le don de m’énerver quand j’étais  plus jeune.

 Mais, plus tard j’ai retrouvé l’ensemble de ce qu’avaitréellement écrit Gilbert Cesbron en 1957 .

Donc lorsque j’ai eu sous les yeux : « Il n’y a que les imbéciles qui ne changent pas!  disent les imbéciles qui changent » ; cela m’a réconcilié avec Gilbert.

En effet, si dans la vie de tous les jours, pour des enjeux banals, on peut effectivement modifier son jugement ou sa décision, je ne comprends toujours pas comment on peut tourner le dos à ses aspirations et ses engagements en politique, au sens noble du terme.

Libre à chacune ou chacun d’appréhender la société et la façon de répondre à ses exigences comme elle ou il l’entend du moment que cela ne débouche pas sur des positions fascistes, ségrégationnistes et racistes. Cela reste une évidence dans un monde réellement démocratique et j’y consens facilement.

Pour ma part, j’ai choisi depuis bientôt 50 ans le camp de celles et ceux qui défendent le respect de l’Humain avec un H majuscule. J’ai choisi de m’inscrire dans les mouvements, les actions, voire les luttes qui venaient au secours des plus démunis. Des faibles. Des fragiles. Des oubliés. Des malmenés. Des plus pauvres. Des personnes malmenées à cause de leurs origines, de leur couleur, de leur religion…

Si j’appartiens au groupe CEC aujourd’hui au sein de cet hémicycle, et pas à un autre , c’est bien parce que ces valeurs auxquelles je suis – et serai jusqu’au bout soyez-en assuré-e-s – si profondément attaché, constituent la base de réflexion, d’engagement et de travail de ce groupe.

S’y ajoutant bien entendu la volonté de faire plus et mieux pour la Nature puisque l’Humain est intimement lié à cette dernière et lui est, ô combien redevable !

Depuis hélas des années et des années, ce sont des millions de pauvres gens, hommes, femmes, enfants qui subissent dans leur pays les affres des persécutions militaire ou économique d’un monde  orienté davantage vers le profit et le pouvoir que vers la protection des plus en danger.

Ces malheureux, guidés par les sirènes d’un monde meilleur mais qui se révèle trop souvent comme un miroir aux alouettes, quand ils parviennent à surmonter tous les dangers qu’ils croisent entre leur patrie d’origine et le premier lieu d’asile qui accepte de les accueillir sont loin d’être tirés d’affaire.

A ce sujet je me permets de citer l’UNICEF:

« Dans cette période de grande fragilisation des populations en situation de migration, l’UNICEF appelé à renforcer leur protection et l’effectivité de leurs droits , plutôt qu’à les remettre en question ».

Alors oui l’existence de ces êtres est terrible et on ne la souhaite à personne .

C’est dur pour les hommes seuls, pour les femmes seules, pour les familles bien sûr.

Mais alors que dire des mineurs non accompagnés!  

Ils sont , bien entendu, encore plus fragilisés et vulnérables.

Qui peut, parmi nous, prétendre pouvoir imaginer ce qu’aurait été sa vie ou celle de ses enfants au moment de l’adolescence, seul très loin de ses racines , de sa famille, de ses proches ? 

Mettre sur le dos de ces jeunes déracinés tous les maux de la Terre est particulièrement indécent. 

Nous avons tous été choqués par les propos d’Eric Zemmour,le 1er octobre, les accusant d’être tous « des voleurs, des violeurs, des assassins » et le groupe « Eure en action » avait proposé une motion ici même, à notre assemblée pour  condamner ces propos indignes et qui , par la même, remettaient en cause le travail et l’engagement des professionnels du Conseil Départemental et de ses partenaires en charge de l’aide sociale à l’enfance.

Cette motion affirmait également, je cite : «  Il nous semble essentiel d’avoir une expression forte pour protéger les mineurs non accompagnés dont le département a la charge et pour soutenir nos professionnels et saluer leur engagement ».

Cette proposition de motion a été écartée par la majorité qui a décidé d’ y substituer un communiqué de presse et la constitution d’une cellule de gouvernance du dispositif « Mineurs non accompagnés ».

M le député Questel avait d’ailleurs déclaré , je cite : « Il faut avancer et pas seulement condamner » . Bien entendu nous ne mettons pas les mêmes personnes derrière les mêmes mots ! Je pense que cela n’a rien de surprenant !

Cette fameuse cellule de gouvernance nous est présentée comme, je cite, « un groupe de travail, véritable outil d’investigation » qui permettra, je cite encore, « d’apporter une vision transparente et indépendante et formulera des propositions partagées par le plus grand nombre au sein de la collectivité ».

Mes chers collègues, je vous le dis, ni le groupe CEC, ni le groupe « Eure en action » ne participeront à ce groupe de travail. Il est hors de question pour des élus progressistes, attachés à l’émancipation humaine, à la fraternité entre les peuples et à la protection de l’enfance de cautionner ce que vous tentez de mettre en place!

Vous déclinez, dans la présentation que vous faites de ce groupe, une vision caricaturale, idéologique et dangereuse des Mineurs Non accompagnés.

La protection de l’enfance, c’est avant tout, la protection des enfants, et cette protection ne peut être qu’inconditionnelle !

Vous voulez gérer des moyens budgétaires, nous voulons protéger des enfants !

Vous voulez faire de chaque mineur non accompagné un suspect ! nous voulons accueillir et accompagner des enfants, dans le plus grand respect de la convention internationale des droits de l’enfant que notre pays a ratifié voici 31 ans !

Vous dites « contrôle », nous répondons « confiance » !

Vous dites « répression », nous répondons « éducation »

vous dites « embolisation », nous répondons « humanisation »

Mes chers collègues, cette question de la protection de l’enfance et de la qualité du dispositif mineurs non-accompagnés est une question éminemment politique. C’est une question qui engage la vision que nous avons du monde, la vision que nous avons de l’humanité.

Là où vous voyez de la délinquance, nous voyons de la carence ! Carence dans les moyens d’accueil, de prévention, d’accompagnement et de protection. C’est d’ailleurs aussi ce qu’ont dit les 200 signataires, tous professionnels de l’enfance, d’une belle tribune réclamant moins de répression et plus d’éducation.

Lorsque vous pensez « réponse pénale », nous exigeons « réponse éducative ».

Non, mes chers collègues, votre proposition n’est pas transpartisane, elle ne propose pas une vision « transparente et indépendante » de cette question des mineurs non-accompagnés !

Elle est, au contraire, le reflet d’une idéologie que nous combattons, une idéologie de la méfiance, de la suspicion de l’étranger, une idéologie de la répression, une idéologie de l’économie budgétaire, une idéologie qui place l’argent avant les gens, avant les enfants, une idéologie qui tourne le dos à la convention internationale des droits de l’enfant et au devoir impérieux de protéger les enfants en tenant compte de leur intérêt supérieur.

Nous avons l’obligation sacrée de protéger l’enfant contre toute immixtion dans sa vie privée et contre les atteintes illégales à son honneur, alors nous ne devons pas traiter ces mineurs non accompagnés comme de potentiels suspects.

La convention internationale des droits de l’enfant nous impose, et c’est tant mieux, d’assurer une protection spéciale à l’enfant privé de son milieu familial et à l’enfant réfugié.

Mesdames et messieurs, mes chers collègues, nous ne siégerons pas dans cette cellule mais nous demandons qu’un nouveau groupe de travail soit créé pour traiter la question des mineurs non-accompagnés, avec humanité et dans le respect de la convention internationale des droits de l’enfant que je viens d’énoncer.

En matière de protection de l’enfance, on ne gère pas des moyens, on se donne les moyens !