Voilà des années que nous nous battons contre l’implantation de nouvelles autoroutes qui viendraient mutiler durablement notre territoire et lui infliger une intolérable augmentation de la pollution.

Rappelons d’ailleurs, à l’heure où nous sommes frappés par la crise du COVID que la pollution de l’air, c’est 48 000 mort par an en France, près de 800 000 morts en Europe, et près de 9 millions dans le monde !

Il est donc urgent d’agir, vital même !

A ce titre, nous avions porté plusieurs recours au Conseil d’Etat, remettant ainsi en cause notamment la légalité de la Déclaration d’utilité Publique. Tous ces recours ont malheureusement été rejetés. Pas de panique toutefois, ces recours n’étaient qu’une étape dans le parcours juridique qui s’annonce très long.

 Alors pourquoi nous faut-il continuer de se battre pour empêcher la réalisation de ce projet ?

 Tout d’abord, je vous l’ai dit, parce qu’il faut agir avec force et courage pour lutter contre la pollution de l’air qui est en France la seconde cause de mortalité « évitable », juste derrière le tabac, mais devant l’alcool !. Il est donc inconcevable de continuer à financer des structures routières qui laissent se développer toujours plus les transports polluants.

 Ensuite, parce que ce projet repose sur un mensonge d’État, mensonge dont les rouennais sont la première cible. Il s’agissait de leur faire croire que cet investissement de plus d’un milliard d’Euros permettrait de désengorger leur ville. Mais après études et analyses, on sait maintenant que les flux routiers resteront les mêmes.

 On essaie donc de nous vendre ce pseudo contournement comme la solution miracle, alors qu’il n’évitera en rien les bouchons rouennais, alors qu’il coûtera une somme faramineuse aux collectivités ainsi qu’aux habitants (on parle, je vous le rappelle, d’un milliard d’euros), alors qu’il polluera définitivement et de façon exponentielle nos lieux de vie, alors qu’il contribuera à mettre des vies en danger en polluant toujours plus l’air que nous respirons.

 Ce projet est un projet qui a un siècle de retard ! Il mise sur le véhicule thermique comme solution d’avenir et assume de mettre en péril notre santé et notre cadre de vie. C’est une folie ! Il est impensable de laisser faire ces réalisations qui contribueront à asphyxier la vie des futures générations.

 Dans sa partie euroise, ce contournement autoroutier va détruire des secteurs naturels entiers à grand coup de bulldozers. Concrètement, sur l’agglomération Seine Eure, on parle d’un ouvrage d’art que l’Etat se plait à appeler viaduc et qui viendrait ravager notre bassin de vie par la bétonisation de la vallée de l’Andelle.

 Entre Alizay et le Manoir sur Seine, jusqu’au Damps, il serait donc question d’un énorme pont en béton horrible, remettant en cause notre cadre de vie, la faune et la flore de cet espace situé en zone Natura 2000. Mais quel monde laisserons-nous à nos enfants ? Ce projet fou est une machine à cliquet, si nous nous y engageons, il n’y aura pas de retour en arrière possible ! On ne détruit pas une autoroute, on ne pourra jamais réparer la nature que ces bétonneurs sans âme auront détruite.

 Ce seront des milliers d’arbres, ces poumons qui captent le CO2 et rejettent de l’oxygène qui seront arrachés à notre belle forêt domaniale. Pour arriver au bout de leur entreprise périlleuse et dangereuse, l’Etat est prêt à tout, y compris à s’asseoir sur ses engagements en faveur de la réduction des gaz à effets de serre, comme vient de le rappeler à l’ordre le conseil d’État.

 Encore une fois, ce que la planète et les habitants vont perdre, c’est ce que les lobbies de la finance et du BTP vont gagner. Non, décidément, jamais et nul part « capitalisme et écologie » ane peuvent faire bon ménage, et ce projet fou en est une preuve supplémentaire !

 Et pourtant des solutions modernes et alternatives existent. Tout est une question de volonté politique, tout est question aussi de démocratie.

 Si on regarde le maillage autoroutier à l’échelle de la Normandie par exemple, on s’aperçoit qu’il est bien desservi et qu’il n’y a aucune obligation à lui imposer encore deux autoroutes supplémentaires (les fameux A133 et A134).

 Concernant Rouen : des citoyens, avec des associations et des organisations politiques portent l’idée de développer un certain nombre de projets innovant intramuros permettant la fluidification du trafic : un plan vélo ambitieux à la hauteur des enjeux, un système d’auto partage, des nouvelles infrastructures dédiées au transport en commun, des parkings de délestages…

 Cette liste est loin d’être exhaustive et démontre combien les habitants se sont penchés sur la question et combien ils sont capables de faire propositions crédibles. Quand les décideurs au sommet de l’État entendront-ils la voix des citoyens et des citoyennes ? la voix de celles et ceux qui, vivant sur le territoire, sont à même de proposer et de bâtir des solutions concrètes !

 Concernant la partie euroise et notamment ce qui se dessine sur la communauté d’agglomération Seine Eure, nous opposons à ce contournement polluant une politique de la mobilité tournée vers le 21ème siècle.

 Nous proposons donc de maintenir, de soutenir et de développer le réseau rural des gares de villages, voilà une solution d’avenir !

 Par exemple, avec le collectif « Ma gare j’y tiens » nous nous battons pour que la gare d’Alizay-Pont de l’Arche continue de vivre. Il est nécessaire que la SNCF travaille à une réhabilitation du bâtiment indispensable à un bon accueil des passagers et à la mise en place de nouveaux services ! Il devra être aussi question de l’aménagement des abords de cette gare pour la rendre plus visible et plus accueillante.

 Nous proposons aussi que soit remis sur la table une politique ambitieuse du ferroutage au niveau national en lien avec d’autres pays européens qui ont déjà fait ce choix. Pour assurer le transport sur les grands axes, comment ne pas valider cette idée raisonnable de mettre des camions sur des trains ?

 Nous proposons aussi d’avoir enfin une politique de transport en commun efficace dans la vallée de l’Andelle. Cette politique, si elle est à la hauteur de l’enjeu, permettait aux habitants de prendre le bus facilement, avec un cadencement régulier et à des coûts abordables démontrant ainsi la pertinence des changements d’habitudes quant aux déplacements. Ces transports en commun devraient pouvoir s’articuler d’autres types de mobilités douces.

 Enfin, pour le développement économique, nous proposons aussi de reprendre les travaux engagés voilà quelques années et de finaliser la plateforme fluviale sur la commune d’Alizay ! De nombreuses entreprises l’attendent avec impatience.

 Voilà des enjeux et des aménagements indispensables pour demain, pour prendre en compte l’épuisement des ressources fossiles, pour préserver notre environnement, la qualité de notre air, diminuer l’accidentologie et finalement construire ensemble un planète qui vivra mieux et où nous pourrons mieux vivre.

 Mesdames, Messieurs, pour finir, je veux aussi m’exprimer en tant que maire sur la façon dont notre beau village solidaire d’Alizay sera impacté par ce projet fou, et vous expliquer ainsi mon opposition totale, en tant qu’élu, à ce pseudo-contournement.

 Savez-vous, par exemple, qu’il est prévu sur notre commune, dans sa partie Est après le complexe sportif réservé au football et à l’athlétisme, de réaliser une colonne à péages (le fameux barreau eurois) ?

 Comment pourrions-nous sérieusement accepter ce projet qui viendrait affaiblir considérablement l’impact des nombreux projets environnementaux que nous avons validés pour notre village ? Alors que nous allons réaliser un poumon vert en plein cœur de village, l’État, et les lobbies de la finance et du BTP veulent importer chez nous une autoroute, véritable usine à particules fines ! Alors que nous allons créer un havre de paix en plein cœur village, l’État et les lobbies de la finance et du BTP veulent importer chez nous une autoroute source de pollution phonique et visuelle incommensurable !

 Toutes ces valeurs de solidarité, de préservation de l’environnement, de partage, de bien-vivre tout simplement, tout ce travail que nous avons entrepris depuis plusieurs années seraient balayés par le goudron, le béton, les moteurs et les klaxons ? Nous ne l’accepterons jamais !

 Pour toutes ces raisons, avec l’association Non à l’autoroute, avec ACCES, avec les associations concernés du territoire, nous allons nous réunir en visio très rapidement afin de faire le point et d’envisager très vite la riposte.

Vous l’avez compris, rien n’est terminé, rien ni validé, rien n’est perdu pour nous. Le combat continue !

 Depuis les dernières élections municipales, la donne à changé puisque le nouveau maire de Rouen et Président de la Métropole Rouen Normandie s’est positionné contre ce projet, remettant en cause le versement de la partie financière imputée à la Métropole : on parle de la somme de 66 millions d’euros.

N’oublions pas non plus qu’en 2016, à la demande du groupe communiste, écologiste et citoyens, le département de l’Eure a pris une motion votée à l’unanimité contre le contournement, refusant ainsi de payer pour la partie euroise. L’agglomération Seine Eure avait à la suite pris la même motion. Qu’en est-il aujourd’hui ? Bernard Leroy, président de la CASE est-il toujours contre ? Il est indispensable que les responsables politiques prennent position publiquement sur ce enjeu majeur !

Dans les mois qui viennent, nous avons aussi des échéances électorales importantes, à savoir les élections départementales et régionales. Pensons à solliciter chaque candidat afin de connaître publiquement leurs positions sur ce sujet majeur pour l’avenir.