Séance Plénière 8 octobre – Gaëtan Levitre à propos des collèges

La majorité de droite avait inscrit à l’ordre du jour la « bonne » rentrée scolaire dans les collèges du département de l’Eure. Le groupe CEC a très clairement rappelé le désordre et les énormes difficultés occasionnées par une révision de la carte scolaire faite à la hâte et sans concertation.

 

Monsieur le Président, chers collègues,

Vous avez souhaité inscrire à l’ordre du jour de cette séance plénière la rentrée scolaire et ses nombreuses nouveautés. C’est donc l’occasion de dresser un premier bilan de cette rentrée pour le moins chaotique au regard des décisions unilatérales que vous avez prises.

Nous y voilà ! Depuis des mois, vous répétez sur tous les tons que la rentrée scolaire vous donnerait raison et validerait vos choix et votre méthode !

C’est à la fin de la foire que l’on compte les bouses disait ma grand-mère. Jamais peut-être formule n’aura été si justifiée !

Votre méthode, vos résultats, parlons-en !

Vous n’avez cessé, depuis des mois maintenant, de défendre l’indéfendable en affirmant que la fermeture des collèges sur le territoire de notre département était une bonne chose tant pour la mixité sociale que pour l’organisation du temps scolaire au sein des établissements. Vous avez remplacé, dans votre méthode, le fond par la forme, à grands « coups de com » et de formules toutes faites pour éluder, avec une légèreté coupable, les préoccupations légitimes que l’ensemble des citoyens concernés ont pu formuler.

Vous n’avez cessé, depuis des mois, de bafouer la démocratie en refusant délibérément et obstinément d’entendre ou d’écouter celles et ceux qui étaient pourtant les premiers concernés : les enseignants, le personnel Eurois dédié, les parents d’élèves et les élèves. Vous avez rejeté, sans même les  discuter, les propositions faites par les 70 élus de l’agglomération Seine Eure.

Cette surdité, cet aveuglement face au réel, vous, comme les élus de votre groupe, continuez à en faire votre marque de fabrique. Lorsque nous lisons l’entretien de la conseillère Afida Ouhada parue dans la presse locale, nous sommes consternés !

C’est un condensé de mensonges par omission et de contre-vérités ! Se réjouir de vos mesures, se réjouir de la fermeture de deux collèges, en se targuant du fait que cela renforcera la mixité sociale est au mieux un aveuglement, au pire une odieuse manipulation ! Cela va aider les populations les plus fragiles, celles de Val-De-Reuil, dites-vous…

Alors pourquoi ce sont ces populations, ces jeunes, ces enfants, que l’on met sur la route tous les jours, à qui on allonge, de fait, la journée hors de leur domicile ? C’est cela votre conception de la justice sociale ?

La fermeture des collèges telle que vous l’avez opérée, c’est, à terme, la disparition des moyens spécifiques des écoles de secteur qui bénéficiaient des moyens REP. A terme, c’est donc, pour ces écoles, la disparition de conditions plus favorables en termes de taux d’encadrement notamment, alors qu’elles continueront pourtant à accueillir les mêmes enfants. C’est cela votre conception de la justice sociale ?

Les arguments que vous avancez pour justifier votre choix sont sans aucun fondement. Madame Ouhada se réclame d’une étude de chercheurs ?… J’ai lu cette étude, pas une ligne, pas un mot ne recommande de fermer des établissements de petite taille pour créer de grands ensembles de plus de 800 collégiens.

Au contraire même, voilà la conclusion qu’une étude de 2014 de la direction de l’évaluation, de la prospective et de la performance du ministère de l’éducation nationale (brandir l’étude) et que je vous laisse savourer : « le facteur taille a une grande importance dans les collèges accueillant beaucoup d’élèves d’origines sociales modestes. Autrement dit, les petits collèges conviennent mieux aux élèves de familles socialement défavorisées ». Vous avez fait tout le contraire !

Pas une ligne, pas un mot ne recommande non plus de mettre sur la route les enfants des quartiers les plus en difficulté.

Je me souviens aussi, lors de la dernière séance du mois de juin, la désinvolture avec laquelle certains ont cru rassurer l’audience quant aux travaux à réaliser pour la sécurité des élèves ! Résultat des comptes : un enfumage opaque laissant la triste réalité surgir des faits : les travaux n’ont pas été faits comme au collège du Hamelet de Louviers par exemple.

Voilà pour votre méthode. Comptons les bouses maintenant que la foire est finie, voyons vos résultats.

A Evreux et sur le territoire de son agglomération c’est la catastrophe, le Dawa comme diraient les jeunes. Mon collègue Serge Masson saura tout à l’heure vous préciser les nombreux désagréments occasionnés par cette révision approximative de la carte scolaire dans la capitale Euroise.

Pour ce qui concerne les établissements du secondaire sur le territoire de l’agglomération Seine Eure, le collège du Hamelet a subi une rentrée très difficile tant sur les questions d’aménagements et de sécurité que sur l’accueil de nos élèves. Un collectif de citoyen  s’est constitué pour dénoncer ces problématiques :

  • conditions de sécurité préoccupantes liées à la circulation des bus scolaires dans la rue A Dumas de Louviers ;
  • nécessité de construire une desserte parfaitement sécurisée et des bus qui ne soient pas obligés de rouler sur les trottoirs
  • nécessité d’agrandir le parking devant le collège (agrandissement qui devait être réalisé dès la rentrée si j’en crois l’intervention qu’avait fait le Conseiller Jubert en juin dernier…
  • Enfin, au titre de la démocratie participative, ce collectif demande à ce que les citoyens et les enseignants soient associés à la reconstruction et au choix du lieu d’implantation d’un nouveau collège.

Qu’en sera-t-il ? Les élus de la majorité de droite que vous êtes vont-ils enfin entendre raison et enfin faire avec les populations ?

Sur Pont de l’Arche et Val de Reuil, c’est aussi une rentrée difficile: Incohérence des temps de transports ; fatigue importante des élèves ; coût de transport qui monte en flèche : on parle de 400 000 euros supplémentaires et occasionnés par votre faute. Si rien n’explose, ce n’est que grâce au dévouement et à la professionnalité des personnels de ces collèges !

Je veux également signifier à l’assemblée tout autant qu’à celles et ceux qui nous écoutent ce matin que cet empressement à boucler coûte que coûte la carte scolaire sans pour autant avoir totalement anticipé et construit le projet relève au mieux de l’amateurisme le plus absolu …mais au pire d’une volonté politique de mettre à mal l’école publique.

Je dis cela avec force et gravité car au regard des chiffres, on s’aperçoit que beaucoup de parents face à ce parcours du combattant imposé ont fait le choix de l’école privé pour leurs enfants. Rien d’étonnant d’ailleurs quand on sait que c’était justement une des conclusions des chercheurs dont se revendique fièrement Mme Ouhada ! Tant que la fuite vers le privé sera possible, ce type de mesure autoritaire que vous avez prise restera sans effet pour améliorer la mixité sociale ! Vous ne pouviez pas ne pas l’avoir prévu ! Vous ne pouviez pas ne pas l’avoir anticipé ! C’était dans l’étude dont vous vous revendiquez !  Est-ce donc cela votre projet politique pour notre jeunesse et notre école ?

Quel dommage que vous n’ayez pas écouté notre groupe lorsqu’il vous demandait de différer d’une année la fermeture des collèges pour prendre le temps nécessaire à mener une réforme construite avec celles et ceux qui sont sur le terrain et qui connaissent précisément leur métier et ce dont ont besoin nos jeunes.

Vous ne l’avez pas fait à dessein. Car derrière vos mots, derrière vos formules creuses apparait maintenant clairement votre projet politique. Ce qui vous obsède, ce qui vous importe, c’est de diminuer le cout de l’éducation, et tant pis pour nos enfants. Je cite encore l’étude du ministère, vous vous y reconnaitrez : « L’arbitrage peut reposer sur d’autres critères, comme le coût de fonctionnement qui, rapporté au nombre de collégiens accueillis, est plus faible dans les gros établissements. Cet argument plaiderait donc pour augmenter la taille des collèges, à condition d’adopter une vision de court terme. Car à plus long terme, cela peut être discuté si on fait intervenir un autre critère, celui de la réussite des élèves. Dans ce cas, diminuer les effectifs d’un collège ferait, certes, augmenter le coût unitaire de son fonctionnement. Mais les élèves atteindraient un meilleur niveau, ce qui à plus long terme augmenterait leurs chances de s’insérer dans de bonnes conditions sur le marché du travail.»

Voilà bien exposées nos deux visons, irréconciliables, de l’éducation. Vous raisonnez en termes de coûts, pour vous les élèves ne sont que des chiffres qu’on analyse sur un tableau Excel. Nous voulons, nous, donner les meilleurs chances à tous nos jeunes, nous voulons leur permettre de devenir ces citoyens libres et éclairés de demain dont notre monde a tant besoin.

Pour vous l’éducation est un coût, pour nous elle est une chance !

Je vais me permettre de conclure mon propos sur la mixité sociale. Monsieur le président : on ne résout pas les problèmes de mixité sociale à coups de Bulldozer, en démolissant des collèges !

Avez-vous pensé une seule seconde que tuer Pablo Neruda allait renforcer le sentiment d’injustice et affaiblir le travail des associations présentes sur place depuis des années ? Avez-vous pensé aux répercussions d’une telle mesure sur le long terme ?

Avez-vous concrètement anticipé les difficultés liées au transport à la Madeleine ? Non puisque ce ne sont que deux trajets au quotidien qui relient ce quartier au collège Paul Bert par exemple : un le matin et un le soir ! Comment les jeunes font-ils dans de telles conditions?

Avez-vous mesuré le nombre de décrocheurs que nous risquons d’avoir à cause de cette précipitation inutile ?

J’ai bien peur que non et c’est la raison pour laquelle notre groupe s’en attriste.

Peut-être est-il temps, Monsieur le Président de mettre en place un nouveau mode de gouvernance où nous pourrions collectivement réfléchir sereinement, démocratiquement, à l’avenir de notre Département pour privilégier ceux qui nous ont élus : les habitants, les familles et nos jeunes !